La panne de courant ibérique/espagnole du printemps 2025

Qu'est-ce qui a causé le blackout ibérique du 28 avril 2025? Une ventilation technique claire de la panne d'électricité en Espagne, des causes profondes et des futures améliorations de la résilience du réseau

by: Barcelona Travel Hacks Views: 1

Qu'est-il arrivé à l'Electricité espagnole le lundi 28 avril 2025 ?

Vers 12h30 le lundi 28 avril 2025, une panne d’électricité soudaine et massive a touché des foyers et des entreprises dans toute l’Espagne. La coupure a également affecté le Portugal, l’Andorre et certaines zones du sud de la France. Il s’agissait d’une panne majeure sur l’ensemble de la péninsule Ibérique, qui a duré environ huit heures.

Le service de Protection civile de Catalogne a indiqué qu’à 23h00, environ 63 % de la Catalogne — soit environ 3 000 mégawatts — avaient été rétablis. Le rétablissement complet en Espagne a suivi dans la matinée du mardi.

Les blocs de construction de la grille électrique espagnole

L’électricité en Espagne est produite à partir d’un mélange de centrales nucléaires, éoliennes, solaires et thermiques. La distribution nationale est gérée par un opérateur unique : Red Eléctrica de España (REE). REE maintient également des interconnexions bidirectionnelles avec la France et le Portugal pour équilibrer l’offre et la demande, en exportant l’électricité excédentaire et en important lorsque cela est nécessaire. D’autres interconnexions relient la péninsule aux îles Baléares.

Les compagnies électriques régionales — comme Fecsa‑Endesa en Catalogne — distribuent l’électricité du réseau haute tension de REE vers les sous‑stations locales et les transformateurs abaisseurs. Ces entreprises exploitent également certains sites de production, comme l’usine d’incinération des déchets de Besòs, qui réinjecte de l’énergie dans le réseau national.

Le réseau électrique est hiérarchique. REE gère le réseau haute tension de premier niveau, tandis que les compagnies régionales assurent la distribution locale. Le maintien d’une fréquence stable de 50 Hz est essentiel. Si la fréquence descend en dessous de 47,5 Hz, les grands transformateurs commencent à se déconnecter, provoquant des pannes en cascade. À mesure que la demande augmente, la fréquence tend naturellement à baisser, obligeant REE à ajouter rapidement de la capacité de production pour stabiliser le système.

Les médias en général font état d'un chaos généralisé

Une grande partie de la couverture médiatique anglophone était exagérée ou tout simplement incorrecte.

La plupart des entreprises ont renvoyé leurs employés chez eux après quelques heures, lorsqu’il est devenu clair que la panne ne serait pas résolue rapidement. Les magasins et supermarchés ont fermé plus tôt. Les restaurants ont fermé ou n’ont servi que des plats froids. Vers 18h, j’ai traversé deux quartiers de Barcelone en pensant qu’il s’agissait d’une panne locale de transformateur. Avec les réseaux mobiles, la fibre et la télévision hors service, personne ne connaissait l’ampleur réelle de la panne. La police dirigeait la circulation aux grands carrefours.

À la gare de Sants, le personnel de sécurité a confirmé que toute la circulation ferroviaire était suspendue dans tout le pays. La gare est restée ouverte toute la nuit afin que les voyageurs bloqués puissent dormir à l’intérieur. Les trains ont repris vers 23h, permettant à certains de poursuivre leur voyage.

L’Espagne est aujourd’hui largement une société sans espèces. Avec les distributeurs et les paiements par carte hors ligne, les gens ne pouvaient acheter que ce qu’ils pouvaient payer en liquide — généralement de la nourriture froide dans les petites boutiques restées ouvertes. Les récits d’“achats paniques” étaient faux ; les gens n’avaient tout simplement pas assez d’argent liquide pour acheter en grande quantité.

Les bus ont continué à circuler, bien que surchargés, car le métro et les trains de banlieue étaient suspendus. L’électricité domestique à Barcelone a été rétablie peu après minuit.

Le temps était doux — environ 19–20°C — donc ni le chauffage ni la climatisation n’étaient particulièrement sollicités. Il n’y avait aucun grand événement sportif ou autre activité susceptible de provoquer un pic de consommation. La panne a également entraîné un black‑out médiatique involontaire, ce qui a probablement contribué à éviter la panique. Sans information, la plupart des gens ont simplement attendu dans les bars et les cafés.

Confusion et contredictoire Explications précoces

Position officielle du gouvernement

Lundi 28 avril, 18 h : Le Premier ministre Pedro Sánchez a déclaré que le gouvernement ne disposait d’“aucune information concluante” et ne “mettait de côté aucune hypothèse”.

Faux : affirmations portugaises sur un phénomène atmosphérique

Certaines sources en ligne ont affirmé que l’opérateur portugais REN attribuait la panne à des variations extrêmes de température affectant des lignes de 400 kV. REN a démenti ces affirmations.

23 h 30 : REN a confirmé que toutes les sous‑stations portugaises étaient opérationnelles et que le réseau était “parfaitement stabilisé”.

Faux : défaillance du réseau français

L’opérateur français RTE a nié qu’un incendie sur une ligne entre Narbonne et Perpignan ait causé la panne.

Faux : causes météorologiques

L’AEMET a confirmé qu’aucun phénomène météorologique ou atmosphérique inhabituel ne s’était produit le 28 avril.

Faux : production nucléaire insuffisante

Sánchez a rejeté les affirmations selon lesquelles une faible production nucléaire aurait causé la panne. Les cinq centrales nucléaires espagnoles ont une capacité combinée de 7,4 GW et fournissaient 3,388 GW au moment des faits — environ 10 % de la demande nationale. La chute réelle de production a été de 15 GW en moins de deux minutes.

Peu probable : cyberattaque

L’Audiencia Nacional a ouvert une enquête pour déterminer si la panne pouvait être un acte de sabotage informatique. Le Centre national de cryptologie et le Commandement cybernétique conjoint analysent cette possibilité, bien que des experts soulignent qu’une panne d’une telle ampleur serait extrêmement difficile à coordonner en raison de la segmentation du réseau.

Les seules cyberattaques comparables ont eu lieu en Ukraine en 2015 et 2016.

Déclaration de REE

Mardi 29 avril : REE a indiqué n’avoir trouvé “aucune preuve d’intrusion” dans ses systèmes de contrôle. Deux événements quasi simultanés à 12 h 32 ont plutôt déclenché une déconnexion de production que le réseau n’a pas pu absorber. L’offre est passée de 26,695 GW à 15,970 GW en quelques secondes, provoquant des déclenchements en cascade.

Le mardi matin, 99,95 % de l’approvisionnement électrique espagnol avait été rétabli.

Probable : déficit d’inertie des énergies renouvelables

L’Espagne possède l’une des plus fortes proportions d’énergie éolienne et solaire d’Europe. Bien que ces énergies soient propres, elles manquent de l’inertie mécanique des turbines traditionnelles, ce qui complique la stabilisation de la fréquence.

À 12 h 30, le photovoltaïque produisait 18,068 GW (53,34 % de la demande). À 12 h 35, la production était tombée à 6,778 GW — une chute de 11 GW malgré des conditions météorologiques stables.

Les premières analyses de REE indiquent que le problème est apparu dans le sud‑ouest de l’Espagne, où se concentre une grande partie de la production solaire du pays. Aucune centrale solaire individuelle ne pouvait expliquer une telle chute, ce qui suggère un problème systémique au niveau du réseau.

Avis

Après 20 ans en Catalogne, j’ai vu de grandes pannes affecter certaines zones de Barcelone, mais une coupure sur toute la péninsule Ibérique est sans précédent. La question essentielle demeure : pourquoi 11 GW de production solaire ont‑ils disparu du réseau en moins de cinq minutes ?

La responsabilité incombe finalement à Red Eléctrica de España (REE). Bien qu’une cyberattaque ne soit pas exclue, aucune preuve n’a été trouvée. Les causes météorologiques et les défaillances d’interconnexion ont été écartées. Au moment de l’incident, l’Espagne exportait de l’électricité vers le Portugal, la France et le Maroc.

L’explication la plus plausible est un manque d’investissement dans l’infrastructure du réseau et dans les systèmes de commutation nécessaires pour stabiliser la fréquence dans un système fortement dépendant des énergies renouvelables. Une erreur humaine — au centre d’opérations ou dans l’interprétation des modèles de prévision de la demande — ne peut être exclue.

Investissements futurs dans le réseau électrique espagnol

À la suite de la panne d’avril 2025, l’Espagne a accéléré ses plans de modernisation du réseau électrique avec le soutien de l’Union européenne. L’UE a alloué des fonds importants via la Facilité pour la reprise et la résilience (RRF) et le Mécanisme pour l’interconnexion en Europe (CEF).

L’objectif est de renforcer la stabilité du réseau, d’améliorer le contrôle de fréquence et d’éviter une répétition des conditions ayant conduit au blackout ibérique. Les principaux axes d’investissement incluent :

Ces investissements reflètent une évolution européenne plus large : avec la montée des renouvelables, les réseaux doivent évoluer.

En 2025, les énergies renouvelables représentaient plus de 56,6 % de la production électrique espagnole.

L’Espagne est déjà exportatrice nette d’électricité, envoyant régulièrement des excédents vers le Portugal, la France et le Maroc.

Avec les bons investissements, l’Espagne pourrait devenir une véritable puissance énergétique européenne.

Le défi n’est plus de produire de l’énergie propre, mais de la stocker, l’équilibrer et la distribuer de manière fiable.

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